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Djibouti

UNESCO: Dépôt officiel du dossier de proposition d’inscription du Site d’Art Rupestre d’Abourma sur la Liste du patrimoine mondial. 

Paris, le 29 janvier 2026 – Une journée historique pour le patrimoine djiboutien

C’est à Paris, au siège de l’UNESCO, que la République de Djibouti a franchi une étape majeure dans sa politique culturelle et patrimoniale. Son Excellence Monsieur Ayeid Mousseid Yahya, Ambassadeur de Djibouti en France et Délégué permanent auprès de l’UNESCO, a procédé ce matin au dépôt officiel du dossier de proposition d’inscription du Site d’Art Rupestre d’Abourma sur la Liste du patrimoine mondial. Cet acte solennel marque une avancée décisive vers la reconnaissance internationale d’un site archéologique d’une richesse exceptionnelle, véritable trésor du désert djiboutien.

L’événement s’inscrit dans le sillage de la vision nationale Djibouti Vision 2035, qui met la culture, le tourisme durable et la protection du patrimoine au cœur du développement. À travers cette démarche, Djibouti confirme sa volonté de faire rayonner son identité historique et artistique sur la scène internationale, tout en renforçant la place de la Corne de l’Afrique dans la mémoire de l’humanité.


Abourma : un musée à ciel ouvert au cœur du Sahara djiboutien

Situé dans la région de Tadjourah, à environ 200 kilomètres au nord de la capitale, le site rupestre d’Abourma est souvent qualifié de « musée à ciel ouvert ». Découvert dans les années 2000 par des archéologues djiboutiens et français, le site compte près de 900 gravures rupestres datant de plusieurs millénaires — certaines remontant à plus de 6 000 ans avant notre ère.
Ces gravures illustrent des scènes de la vie quotidienne des premiers habitants de la région : chasseurs, pasteurs, rites rituels, et animaux disparus (girafes, éléphants, bovins) témoignant d’un environnement jadis verdoyant.

L’extraordinaire concentration et diversité de ces représentations font d’Abourma un site sans équivalent dans la Corne de l’Afrique. Pour les chercheurs, il offre un témoignage unique sur l’évolution des sociétés préhistoriques et des climats anciens. Pour les Djiboutiens, il incarne un symbole identitaire fort, un lien entre le passé nomade et l’avenir culturel du pays.


Les enjeux de l’inscription au patrimoine mondial

L’inscription du site d’Abourma sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO poursuit plusieurs objectifs stratégiques :

  • Protection et conservation : L’officialisation par l’UNESCO permettra d’obtenir un cadre juridique et technique renforcé pour préserver les gravures, souvent menacées par l’érosion, le vandalisme et les conditions climatiques extrêmes.
  • Recherche scientifique : La reconnaissance internationale encouragera la coopération entre universités, musées et instituts archéologiques pour approfondir l’étude de ce site exceptionnel.
  • Développement durable local : En associant les communautés locales, notamment les tribus nomades, au processus de valorisation, Djibouti souhaite promouvoir un écotourisme culturel qui génère des revenus et renforce les traditions.
  • Rayonnement diplomatique : Sur le plan symbolique, cette inscription marquerait la première reconnaissance majeure du patrimoine matériel djiboutien par l’UNESCO, affirmant la place du pays comme acteur culturel et scientifique incontournable dans la région.

Un engagement diplomatique exemplaire

À Paris, le dépôt du dossier a réuni des représentants du siège de l’UNESCO, des diplomates africains, des experts en patrimoine et des amis de Djibouti. Lors de sa déclaration, l’ambassadeur Ayeid Mousseid Yahya a souligné que cette démarche n’était pas seulement une reconnaissance du passé, mais aussi un engagement envers les générations futures.

« En protégeant Abourma, nous protégeons la mémoire de l’humanité, mais aussi la dignité culturelle de notre peuple », a-t-il déclaré.

Ce geste s’inscrit dans une dynamique diplomatique active menée par Djibouti ces dernières années — une diplomatie culturelle axée sur la coopération régionale, la recherche archéologique et la formation de jeunes spécialistes du patrimoine.

L’État djiboutien, en partenariat avec le Ministère de la Culture et la Commission nationale pour l’UNESCO, a entrepris plusieurs chantiers pour documenter et cartographier les sites archéologiques du pays. Abourma n’est donc que le point de départ d’un vaste programme de mise en valeur du patrimoine national.


Un patrimoine, plusieurs dimensions

Le dossier présenté à l’UNESCO insiste particulièrement sur la valeur universelle exceptionnelle du site. Trois critères principaux soutiennent la candidature :

  1. Un témoignage unique des premières civilisations pastorales de la région, reflétant les interactions entre l’homme et son environnement.
  2. Une expression artistique remarquable, comparable aux grands ensembles rupestres d’Afrique du Nord et du Sahara, mais avec une facture stylistique propre à la Corne de l’Afrique.
  3. Un ancrage culturel vivant, car les populations locales continuent d’attribuer à ces gravures des récits symboliques transmis oralement depuis des générations.

Ainsi, Abourma se distingue non seulement par sa valeur archéologique, mais aussi par sa dimension intangible : il relie la mémoire ancienne aux pratiques traditionnelles actuelles, notamment dans les contes, chants et rites pastoraux.


De la pierre à la parole : le projet Xeer Ciise

Après avoir évoqué Abourma comme patrimoine matériel, il est essentiel de présenter un autre pilier du patrimoine djiboutien : le projet Xeer Ciise, qui porte cette fois sur un patrimoine immatériel.

Le mot “Xeer” désigne en langue somalie le système coutumier de droit traditionnel, une forme de justice communautaire transmise oralement. Le Xeer Ciise, spécifique au peuple Issa (Ciise), codifie depuis des siècles les relations sociales, les mécanismes de résolution de conflits, les règles de compensation, de protection des ressources et de solidarité.
Il s’agit, en quelque sorte, d’une Constitution orale et collective, élaborée bien avant l’État moderne.

Le projet Xeer Ciise, initié récemment par les autorités culturelles avec le soutien d’universitaires et d’anthropologues, vise à documenter, préserver et valoriser ce corpus juridique ancestral. À l’instar d’Abourma pour l’art rupestre, ce programme entend faire reconnaître le Xeer Ciise comme un élément du patrimoine culturel immatériel de Djibouti.


Les objectifs du projet Xeer Ciise

Le projet poursuit plusieurs objectifs complémentaires :

  • Recherche et documentation : collecte systématique des récits, sentences et pratiques coutumières auprès des anciens et des chefs traditionnels.
  • Valorisation et transmission : création d’archives numériques, manuels éducatifs, expositions et partenariats avec les écoles pour transmettre les principes du Xeer aux jeunes générations.
  • Reconnaissance internationale : à moyen terme, dépôt d’un dossier d’inscription du Xeer Ciise au patrimoine immatériel de l’UNESCO, en cohérence avec l’article 2 de la Convention de 2003.
  • Dialogue entre tradition et modernité : intégration des valeurs du Xeer (justice réparatrice, médiation, respect de la parole donnée) dans les réflexions contemporaines sur la cohésion sociale et la gouvernance locale.

Patrimoines complémentaires : Abourma et le Xeer Ciise

Si Abourma témoigne du génie créateur ancien gravé dans la pierre, le Xeer Ciise incarne le génie social vivant transmis par la parole. Ces deux patrimoines se complètent et racontent une même histoire : celle d’un peuple qui a su transformer son environnement aride en un espace de sens, d’art et de droit.

Le projet combiné des deux patrimoines traduit une vision intégrée du développement culturel à Djibouti :

  • L’un protège la mémoire matérielle de l’humanité.
  • L’autre préserve la sagesse immatérielle de ses peuples.

Cette approche holistique rejoint la philosophie de l’UNESCO qui, depuis vingt ans, insiste sur la complémentarité entre patrimoine tangible et intangible dans la construction d’un développement durable et respectueux des diversités.


Un levier d’éducation et de diplomatie culturelle

Outre les aspects historiques et symboliques, ces projets représentent un levier éducatif et diplomatique.
Les autorités djiboutiennes envisagent de créer :

  • Un Centre national du patrimoine pour Abourma et les autres sites archéologiques, formant des conservateurs et guides locaux.
  • Un Institut de la tradition orale et du droit coutumier pour collecter et enseigner les principes du Xeer dans les universités et écoles communautaires.

Ces initiatives permettront non seulement de protéger les savoirs, mais aussi de renforcer le rôle soft power de Djibouti dans la région, en promouvant la culture comme outil de paix, de dialogue et de rapprochement intergénérationnel.


Témoignages et appuis internationaux

Le dépôt du dossier d’Abourma a suscité un élan d’enthousiasme chez les partenaires internationaux. Des représentants de la délégation de l’Union africaine ont salué une « démarche exemplaire qui ouvre la voie à d’autres États de la région ». Des archéologues français, italiens et éthiopiens ont également exprimé leur soutien, rappelant que le travail scientifique mené sur Abourma avait déjà permis la publication de plusieurs études reconnues.

Quant au Xeer Ciise, il intéresse de plus en plus les chercheurs en anthropologie juridique et en résolution coutumière des conflits. Des comparaisons sont faites avec d’autres systèmes traditionnels reconnus, comme le Gadaa Oromo en Éthiopie ou le Xeer Somali au nord de la Somalie.

L’ensemble forme un corpus cohérent qui illustre les formes africaines de justice communautaire basées sur le consensus et la réparation, plutôt que sur la punition.


Perspectives et prochaines étapes

Pour Abourma, la première étape — le dépôt du dossier — ouvre maintenant un processus d’évaluation qui durera environ 18 à 24 mois, pendant lequel :

  • Des experts de l’ICOMOS (Conseil international des monuments et des sites) analyseront la documentation.
  • Des missions sur le terrain vérifieront l’état de conservation et les mesures de gestion.
  • Le Comité du patrimoine mondial rendra sa décision finale lors de sa session annuelle prévue en 2027.

Pour le Xeer Ciise, une phase intermédiaire de consultations communautaires est en cours, visant à formaliser le dossier de candidature au patrimoine immatériel avant la fin de 2026.

Ces deux dynamiques, menées de front, traduisent une ambition nationale : faire de Djibouti un carrefour de la mémoire africaine et un modèle de sauvegarde patrimoniale participative.


Conclusion : un tournant culturel et identitaire

Le dépôt officiel du dossier d’Abourma à Paris le 29 janvier 2026 restera dans l’histoire comme le début d’une nouvelle ère culturelle pour Djibouti. Il ne s’agit pas uniquement d’une procédure administrative auprès de l’UNESCO, mais d’un acte de foi dans la valeur universelle du patrimoine djiboutien — dans sa pierre, sa parole et son esprit.

Entre l’art rupestre d’Abourma et le droit coutumier du Xeer Ciise, Djibouti construit une image cohérente et puissante : celle d’un pays qui puise dans ses racines pour affirmer son avenir. C’est une double reconnaissance — de l’ancien et du vivant, du matériau et de l’immatériel — qui permettra à Djibouti d’inscrire durablement son identité culturelle au cœur de la conscience mondiale.

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